Hebdo 39 Lons-le-Saunier

La Laïcité est-elle en danger ?

  • Jean-Louis Duprez, Franc-maçon du Grand Orient de France
  • Jean-Louis Duprez, Franc-maçon du Grand Orient de France
  • Jean-Pierre Jacquemin, Secrétaire départemental de la Libre Pensée
  • Vincent Jordy, Evêque de Saint-Claude.
  • Willy Bourgeois, Secrétaire départemental du Parti Socialiste.
  • Jean-Marie Sermier, Secrétaire départemental Les Républicains.
  • Eric Silvestre, Secrétaire départemental du Front National.
  • Gabriel Amard, orateur national de la France insoumise.
  • Nelly Faton, Secrétaire départementale du Parti Communiste Français.
  • Jean-Louis Millet, Maire de Saint-Claude (Divers Droite).
Florilège de réactions des principales composantes politiques ou cultuelles locales, suite au propos d'Emmanuel Macron tenus mercredi dernier, devant la Conférence des Évêques de France.

Jean-Pierre Jacquemin, Secrétaire départemental de la Libre Pensée :

La Libre Pensée, s’élève vivement contre les propos tenus par le Président de la République affirmant que « le lien entre L’Eglise et l’Etat s’est abimé ».
Il existe en effet une loi, depuis 1905, qui a définitivement coupé ce lien et séparé l’Eglise et l’Etat. Sous prétexte d’ouverture, le Président de la République entretient une confusion néfaste : il met sur le même plan l’Eglise et les catholiques.

Or, si chaque citoyen, en France, a le droit de vivre sereinement sa foi ou de n’en point avoir, c’est justement parce qu’aucune institution cléricale n’a le droit d’imposer son dogme ; et que l’Etat est souverain pour établir la loi, hors de toutes les injonctions des Eglises.
Ce propos imprudent et diviseur ouvre la porte à toutes les dérives sectaires et met en danger la seule communauté reconnue par la République depuis 1905, la communauté nationale.

 

Eric Silvestre, Secrétaire départemental du Front National :

"Mercredi dernier, devant les représentants du clergé catholique, Emmanuel Macron a affirmé vouloir « réparer le lien entre l’Eglise et l’Etat ». Le locataire de l’Elysée, en tenant un tel discours, a fait preuve de clientélisme religieux. Ces propos polémiques d’Emmanuel Macron ouvrent, de manière évidente et en grand, la porte à des revendications communautaristes, chaque religion pouvant, l’une après l’autre, réclamer un signe de reconnaissance.

Sans pouvoir renier les racines chrétiennes de la France, le discours d’Emmanuel Macron semble être une parfaite manœuvre pour endormir la vigilance des catholiques et pouvoir ainsi s’attaquer demain à la loi de 1905.

Les catholiques de France doivent garder à l’esprit qu’ils ne seront pas les bénéficiaires de ce grand changement ou remplacement ?

Que veulent nous imposer Emmanuel Macron et son gouvernement.

 

Jean-Louis Duprez, Franc-maçon, membre du Grand Orient de France :

« L'État chez lui, l’Église chez elle »

Ces mots prononcés par Victor Hugo le 14 janvier 1850 à la chambre des députés, rappellent que la séparation des Églises et de l’État est la condition irréfragable de la liberté absolue de conscience, clé de voute de la laïcité républicaine française, principe constitutionnel de notre République.

En participant à la Conférence nationale des Évêques de France et en y déclarant vouloir « réparer le lien entre l’Église et l’État », le Président de la République s’exonère de la loi commune en vigueur.

L’affranchissement du respect de la loi de Séparation de 1905 et de la Constitution fait le lit du retour du cléricalisme, soit l’implication du religieux dans le politique.

Le Grand Orient de France souligne qu’en agissant ainsi, le Président de la République réintroduit les Églises dans le champ politique en contradiction avec l’esprit, comme la lettre, de l’idée laïque de la République.

 

Willy Bourgeois, Secrétaire départemental du Parti Socialiste :

Les propos d’Emmanuel Macron devant la communauté catholique sont lourds de sens et interrogent sur sa conception de la laïcité.

Le Président de la République ne veut pas seulement « réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État », il a aussi ouvertement appelé les catholiques de France à s’engager en politique. C’est insensé dans une République laïque dont l’esprit est justement d’éviter l’ingérence de la religion dans les affaires de l’État. La loi de 1905 a rompu ce lien en actant la séparation des Églises et de l’État. Elle permet la liberté de conscience, de croire ou ne pas croire et garantit le libre exercice des cultes.
Le respect de cette loi fondamentale est indispensable pour aborder sereinement des débats de société tels que la fin de vie, le mariage pour tous ou encore la PMA. Pour les socialistes, rien ne peut justifier de remettre en cause le principe de laïcité voulue par la loi de 1905.

 

Jean-Marie Sermier, Secrétaire départemental Les Républicains :

Sur le fond, il faut reconnaître que le discours prononcé par le Président de la République au Collège des Bernardins était profond. Mais je m’interroge quand même sur l’objectif réel de cette « opération de séduction ». J’espère qu’il ne s’agit pas d’amadouer la communauté catholique dans l’espoir de faire passer des lois contestables, par exemple sur la bioéthique.

Pour ma part, je défends une laïcité ouverte. La laïcité, ce n’est pas l’anticléricalisme. C’est la liberté de croire ou pas et, lorsque l’on croit, de pouvoir pratiquer sa religion dans le cadre de la République.

Il faut d’ailleurs avoir l’honnêteté de dire que les principales difficultés rencontrées par l’État dans la mise en œuvre de la laïcité au quotidien ne concernent pas les chrétiens mais l’islamisme radical...

Le Président Macron a demandé aux représentants religieux de contribuer au débat public. Franchement, ils ne l’ont pas attendu pour le faire. La neutralité de l’État n’empêche pas le dialogue.

 

Nelly Faton, Secrétaire départementale du Parti Communiste Français :

Que le président de la République s’adresse à telle ou telle religion (et pourquoi pas à la conférence des Évèques de France), il n’y a rien à redire si cette intervention reste dans le champ strict de la laïcité définie par la constitution et les lois de la République.

Il est dès lors important, de rappeler ce qu’est la laïcité : la laïcité est un pilier de la République, une et indivisible, un principe vivant et porteur de droits inaliénables garantis à tout membre de la société, français ou étranger : l’égalité des citoyens en tout domaine sans discrimination d’aucune sorte, la liberté de conscience et de culte, la séparation du politique et du religieux.

En cela, le discours du Président de la République appelant à « réparer le lien entre l’Église et l’État » marque une rupture avec le pacte républicain. En quoi ce lien aurait-il été abimé ? Et de quel lien parle-t-on ?

Dans les temps troublés où le vivre ensemble est interrogé, il faut réaffirmer que la République est composée de Femmes et d’Hommes libres et égaux, autrement dit de citoyen-ne-s, et non de membres de communautés. La laïcité est le principe selon lequel le pouvoir politique réside dans la souveraineté du peuple, donc de tous les citoyens qu’ils soient croyants ou non.

Pour terminer, je dirai que les Communistes sont à l’écoute des positions défendues par les représentants des différents cultes sur les sujets de société. Si nous avons dénoncé la position de la hiérarchie catholique contre le mariage pour tous, nous écoutons avec beaucoup d’intérêt les propos du pape François appelant une autre répartition des richesses pour plus de justice sociale. Ainsi que son message de Paix, notamment au Moyen-Orient...

 

Vincent Jordy, Evêque de Saint-Claude :
Le Président de la République, le 9 avril dernier, a évoqué les « liens abîmés entre l’Eglise et l’Etat ».

Il est difficile de se faire l’exégète des propos et surtout de l’intention du chef de l’Etat à propos de cette formule. Pour certains, cette formule recouvre le peu d’attention portée aux catholiques au moment des débats sur le mariage pour tous. Pour d’autres, elle ferait allusion aux rapports complexes entre l’Eglise et l’Etat depuis la Révolution, voire à l’agressivité d’une certaine interprétation anti-religieuse de la laïcité.

On pourrait enfin y voir le fait que la difficulté d’intégrer une nouvelle religion en France en vienne à un rapport tendu avec toutes les religions, celles-ci « devenant des victimes collatérales », selon l’expression de M. Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité.

C’est au Président lui-même de nous livrer la clé de sa formule, même si beaucoup y voient clairement une main tendue aux catholiques.

 

Gabriel Amard, orateur national de la France insoumise :

La Laïcité c'est la Paix

Le Président de la République n'est pas dans son rôle. La Loi impose une stricte séparation entre vie publique et foi personnelle. C'est la clé de voûte en France pour vivre ensemble et en Paix entre croyants et entre croyants et non-croyants. Le lien entre les églises et l' État a été rompu en 1905 et depuis lors « l’État ne reconnaît ni ne salarie aucun culte. »
La laïcité n'est pas un dialogue avec les cultes parce qu’elle met la République à distance des « vérités révélées » tout en permettant la liberté de conscience.

La Laïcité ne reconnaît pas les communautés religieuses ainsi elle permet à la Communauté des citoyennes et citoyens d'être la seule communauté légitime en République.Chacune et chacun a une place égale et respectée.
En suggérant à une religion de se mêler de politique Emmanuel Macron met le doigt dans un engrenage qui déclenchera une compétition entre tous les fondamentalismes.
Je plaide pour un retour à une forme de sagesse présidentielle.

 

Jean-Louis Millet, Maire de Saint-Claude (Divers Droite) :

La Laïcité c’est respecter toutes les religions à condition qu’aucune d’elle ne se mêle des choses temporelles telles que la politique. Mais on oublie qu’il y a des religions comme l’Islam radical, auxquelles le concept de laïcité est totalement étranger et où le pouvoir spirituel et temporel se confondent en une seule loi.

La laïcité ce n’est pas combattre les religions mais encore faut-il qu’elle ne se prenne pas elle-même pour une religion, celle de la non- croyance. On a trop tendance à confondre Laïcité et Laïcisme ou anticléricalisme, où certains se croient obligés, pour se monter laïcs, de « bouffer du curé ».

Quand Emmanuel Macron appelle à « réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat » il ne fait que rappeler les racines chrétiennes de la France sans oser en prononcer le mot, mais ce n’est pas pour autant, qu’en plein débat sur la bioéthique, il écoutera l’église catholique quant à la PMA ou la légalisation de l’euthanasie.

Alors, n’est-ce qu’une forme de « calinothérapie » adressée à l’électorat catholique ?

Cette calinothérapie s’exerce aussi bien vis-à-vis des autres religions lors de leurs fêtes ou lors d’évènements plus graves. Ainsi le 20 juin 2017 Le Président se faisait remarquer en prononçant un discours à l’occasion de la rupture du jeune du ramadan mais le 1er avril dernier il ne songe pas à souhaiter de Joyeuses Pâques aux catholiques. Le 28 mars il coiffe la kippa aux obsèques de Mireille Knoll, alors qu’il avait reposé le goupillon au lieu de bénir le cercueil de Johny Hallyday...

Laïcité à géométrie variable ? Sincérité ou posture politique ?

 

Contactée par notre rédaction à de multiples reprises, l'équipe de communication de La République En Marche du Jura n'a pas souhaité s'exprimer, considérant ce sujet de la laïcité comme "très secondaire"...

 


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