Hebdo 39 Lons-le-Saunier


L'invitée de la semaine : Thérèse Pernot

  • Thérèse Pernot.
  • Thérèse Pernot.
La dernière semaine de novembre est chaque année consacrée aux prisons. Une association se veut créatrice de liens entre le milieu carcéral et l'extérieur : c'est l'ACSDAF 39, l'Association Culturelle Sportive des Détenus et de l'Accueil des Familles du Jura. Rencontre avec sa responsable locale, Thérèse Pernot. De quoi réfléchir un peu sur le sens de l'incarcération et à son efficacité réelle, quant à l'amélioration de la société qu'elle est supposée induire... Changement de regard garanti.

Pourquoi ont été mises en place les Journées Nationales Prison ? 

Depuis plus de 20 ans, les Journées Nationales Prison (JNP) visent à sensibiliser le grand public aux thématiques carcérales à travers de nombreuses manifestations : conférences, projections de films.
Chaque année, elles se déroulent au cours de la dernière semaine de novembre, avec un thème différent.

Le thème de cette année est la contrainte de corps : l'impact de l'enfermement sur le corps et sur la santé des personnes détenues. Vaste programme... 

Pus globalement, le but est de mener une action citoyenne commune relayée à l’échelon local : rien ne vaut une opinion publique bien informée !

 

Qu'est-ce que l'Association Culturelle et Sportive des détenus et Accueil des Familles ?
L’ACSDAF a été créée en 2009 dans le Jura.
Son but est de favoriser la réinsertion familiale et sociale des personnes détenues, par le développement d’activités culturelles à l'intérieur de la Maison d'Arrêt. L’organisation des animations se réalise grâce à la collaboration avec la Maison d’Arrêt et le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation).
A l'extérieur, nous assurons l'accueil des familles et des proches en attente de parloir. L’objectif est de rendre plus humaine cette attente et de favoriser le maintien des liens familiaux et sociaux des personnes détenues. Cet accueil se réalise grâce à la présence bienveillante et la compétence acquise de 15 bénévoles. Ceux-ci sont présents devant la Maison d’arrêt avant le parloir pour proposer leurs services à l’aide de documents d’information. Les familles peuvent également se rendre au local d’accueil situé à quelques pas de là : lieu d’écoute, de soutien. Il est également possible d’y faire garder les enfants pendant la durée du parloir.


Selon vous, les peines alternatives à la privation de liberté sont encore trop peu usitées ? 

Punir pour punir ne mène à rien... 
Au premier septembre 2018 il y avait 70 164 personnes détenues en prison, soit un habitant sur mille, et 11 000 personnes sous surveillance électronique ! Dont plus de 96% d'hommes, avec "seulement" 3140 femmes soit 3,9 %. Par ailleurs, une personne sur cinq est d'origine étrangère. Si la population carcérale est de plus en plus jeune, bon nombre de personnes terminent leur vie en prison (240 décès sont chaque année recencés dans les prisons françaises, dont 110 par suicide). La santé mentale est également un problème massif avec une personne sur quatre incarcérées, sujette à des troubles psychotiques ! Il en est de même de la grande pauvreté. Et je passe volontairement rapidement sur les 90 000 enfants impactés par ces enfermements...
La vraie question est l’efficacité de la peine. Au recours systématique à l’incarcération ne vaut-il pas mieux mettre en place des peines de remplacement, peines accompagnées de moyens humains d’accompagnement ? 
Toutes les études prouvent que le risque de récidive est réduit lorsque les peines sont aménagées et d’autre part on sait que l’augmentation du nombre de personnes emprisonnées n’a pas fait diminuer la criminalité et la délinquance. La population pénitentiaire a doublé en quarante ans...

Quelles sont-elles ? 

Le placement sous surveillance électronique (PSE) ou « bracelet électronique » est la plus connue : c’est  une mesure d’aménagement permettant d'exécuter une peine d’emprisonnement sans être incarcéré, ou mise en place pour une fin de peine : ce n’est pas toujours facile à gérer avec la famille, le conjoint, les enfants. Les murs de la prison ne sont pas physiquement présents, mais doivent se construire dans la tête !

Il existe aussi le travail d’intérêt général (T.I.G) :  travail non rémunéré, au profit d'une collectivité, d'un établissement public ou d'une association... Il incite le condamné à prendre conscience de ses actes et à agir en faveur de la société.

Ou encore la contrainte pénale : ni emprisonnement, ni sursis avec mise à l’épreuve, elle doit permettre un contrôle et un suivi renforcé et individualisé.
Exécuter une peine en dehors de la prison opère un changement profond dans le traitement de la délinquance. C’est un complet changement d’approche ! Neutraliser un condamné en l’enfermant plusieurs années ne peut que le désocialiser. Or, l’enjeu devrait précisément être de l’amener à comprendre en quoi le respect de la loi est la condition sine qua non du maintien du lien social entre nous. Il faut apprendre à faire société avec le délinquant, et non le bannir en l’envoyant en prison. Il faut une peine, il faut lui imposer un certain nombre de contraintes, mais au sein de la collectivité pour nous ancrer dans un avenir commun. Alors que la prison, elle, l’enferme dans le passé.

C’est parmi nous qu’il peut, je crois, trouver les moyens de se réinventer, changer de regard, et nous avec lui...



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