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La droite au bord du précipice ?

Quel patron pour une droite déboussolée ? À priori, la question est sans  véritable suspens, Laurent Wauquiez devrait l’emporter, malgré la présence d’au moins cinq autres candidats (sous réserves de parrainages). Son statut de favori est une évidence. Si Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Christian Estrosi ou encore François Baroin ont tous renoncé à se lancer dans la course, malgré leurs profondes divergences avec le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ce n’est pas par manque d’envie, mais pour éviter une guerre des barons et par conscience de sa grande popularité auprès des militants.

 

Le spectre de la défaite présidentielle n’en finit pas de planer sur la droite. Privée de leader, tiraillée entre différents courants, la droite se trouve surtout coincée idéologiquement depuis le début du quinquennat. Pendant que le couple exécutif met en place un certain nombre de réformes, souvent promises mais jamais appliquées lorsqu’elle était au pouvoir, la droite se retrouve piégée, éclipsée par La France Insoumise (LFI) pour le rôle d’opposant numéro 1 au pouvoir en place. Le macronisme étant un libéralisme, les libéraux se retrouvent sans voix. Le gouvernement Philippe fait ce que la droite n’a jamais osé faire, la réduisant au silence. C’est ainsi tout un pan du corpus idéologique classique de la droite de ces dernières années qui s’effondre.

 

Dans l’incapacité de contester le gouvernement sur sa politique économique, Laurent Wauquiez a fait le choix du retour d’une droite ultra-conservatrice. Alors que la question essentielle est de savoir comment va se reconstruire une droite déboussolée et fracturée, il fait ainsi le choix d’accentuer les divisions pour ne s’adresser qu’au coeur le plus « dur » des militants. Certes, le pari devrait le porter jusqu’à la présidence du parti, mais ensuite ? À défaut de projet économique capable de susciter  une envie d’alternance, il est certes plus simple de parler d’autorité, de communautarisme et de valeurs…

 

La candidature de Laurent Wauquiez à la présidence des Républicains  divise autant qu’elle inquiète chez les cadres. Sa nature clivante et ses prises de positions en font l’une des personnalités les moins appréciées par les personnalités du parti, qui sont nombreuses à pointer un risque d’éclatement à l’issue de son élection. Pour sortir du piège qui affaibli Les Républicains depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a son idée : « une droite qui s’assume, qui propose une vraie politique de droite (sic), qui a le courage de ses idées ». Cependant, il fait le choix du plus petit dénominateur commun en concentrant ses interventions sur la lutte contre le terrorisme, le communautarisme, l’immigration, la sécurité (…). Par ce type de diatribes, Laurent Wauquiez donne l’impression d’être lancé dans une course folle avec le Fn. De nombreux ténors seraient donc prêts à faire imploser le parti s’il venait à devenir président, tant l’inquiétude est grande face à ses prises de positions. Chez les proches d’Alain Juppé, de Xavier Bertrand ou de Valérie Pécresse par exemple, on surveille attentivement la place, démesurée, qui serait donnée à « sens commun » (émanation politique de «la manif pour tous) dans le mouvement et on fixe un certain nombre de lignes rouges à ne pas franchir sur la ligne politique.

 

Qui est vraiment Laurent Wauquiez ? Entré un politique sous la houlette de l’ancien Ministre centriste Jaques Barrot, puis passé par la droite sociale avant de s’installer durablement dans la frange la plus « radicale » avec notamment des déclarations sur « le cancer de l’assistanat » qui avait faillit lui coûter sa place dans le gouvernement Fillon. L’ancien Ministre est un brillant opportuniste, au point de séduire désormais une partie des dirigeants de l’extrême-droite, Marion Maréchal Le Pen ou Robert Ménard se disant ouverts à collaborer avec lui.

 

Alors que Les Républicains sont déjà éparpillés en de nombreuses chapelles, on ne peut s’empêcher de songer qu’une élection de Laurent Wauquiez ne ferait qu’aggraver la situation. Le choix de s’adresser aux déçus de Marine Le Pen peut se concevoir. Cependant, il faudra offrir autre chose qu’un simple discours recensant les éventuels manques du gouvernement en matière de sécurité. Faute de quoi, en plus de ne pas séduire les déçus du macronisme, qui jugeront la ligne trop droitière, les électeurs du Fn n’auront pas de raison de changer de camps… Avec cette vision restrictive de la droite, l’héritier très (trop ?) zélé de la ligne Buisson empêche LR d’évoluer. Ainsi focalisée sur une surenchère avec le Fn, la droite version Wauquiez n’est pas en capacité d’offrir un projet d’alternance adapté au futur, capable de proposer une vision progressiste comme elle a su le faire, tout en restant fidèle à ses valeurs sur le rôle de l’État, la méritocratie ou encore la sécurité…

 

Quinze ans après la création de l’UMP, qui avait rassemblé ses deux grandes familles, la droite n’a jamais parue aussi proche d’une scission. Alors que la droite est capable d’offrir un projet de progrès, elle semble faire le choix, avec Laurent Wauquiez, de se recroqueviller sur des thématiques identitaires. De là à imaginer une partition des Républicains avec un noyau dur qui restera autour du futur président pendant que la majorité des cadres partiraient créer un nouveau parti, il n’y a qu’un pas. Laurent Wauquiez pourrait se retrouver bien seul à la tête d’une force militante désoeuvrée et pas en phase avec l’électorat. Cet exercice d’équilibriste pourrait bien s’avérer périlleux et précipiter la droite française dans le gouffre pour de nombreuses années…

 


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